Pour la première fois, Google paie des sites parce que leurs contenus servent à rédiger les réponses de son IA. Le programme s’appelle « AI contribution pilot ». Il apparaît dans Search Console sous la forme d’un compteur de gains, et concerne une centaine d’éditeurs, selon The Information. Sur le papier, c’est la reconnaissance que les AI Overviews, AI Mode et Gemini se nourrissent du travail des autres. Dans les faits, les montants vont de quelques centaines de dollars à plus d’un million par an, sans que personne ne sache comment ils sont calculés. Voici ce qu’on sait vraiment de ce programme, ce qui n’est pas vérifié, et ce qu’il dit de la valeur d’une citation dans une réponse IA.
Le programme en une page
Le « AI contribution pilot » est un programme expérimental de Google, réservé aux sites invités. Google a confirmé son existence au média spécialisé Digiday le 14 septembre 2026, en le présentant comme un pilote à un stade précoce. Il n’existe ni billet officiel, ni porte-parole nommé, ni conditions publiques : tout ce que l’on sait vient de Digiday, de The Information et des captures d’écran publiées par la presse spécialisée.
- Ce qui est payé : la contribution d’un contenu aux réponses générées par l’application Gemini, les AI Overviews et AI Mode. Seule la phase de génération compte : servir à confirmer un fait, ou être cité en lien après coup, ne rapporte rien.
- Comment : au titre de la valeur apportée, et non à l’usage, selon Digiday. Le critère d’une contribution « significative » n’est pas publié.
- Où : un panneau « AI earnings » dans Search Console, qui affiche un montant mensuel et son historique. Les gains et les versements sont suivis séparément, à cause des retenues fiscales et des seuils de paiement.
- Pour qui : « au moins plusieurs dizaines » d’éditeurs selon Digiday, environ 100 selon The Information, plutôt petits et moyens, et bien au-delà de la presse.
- À quelles conditions : l’éditeur accepte des conditions dans Search Console, qui ne sont pas publiées, et peut quitter le pilote à tout moment depuis les paramètres.
Le texte d’accueil du programme dans Search Console, relevé par Search Engine Roundtable, tient en une phrase : « Accumulate earnings when your content contributes significantly to AI-generated responses in participating products. » En français : vous accumulez des gains quand votre contenu contribue de façon significative aux réponses générées par l’IA dans les produits participants.
D’où il vient
Le billet du 18 juin, signé par Markham Erickson, vice-président des affaires publiques de Google, rappelle aussi les programmes existants : plus de 5 500 publications européennes rémunérées via les « Extended News Previews », y compris pour les fonctions IA de la recherche, et plus de 2 800 partenaires de News Showcase dans 33 pays (source Google). Le pilote de septembre se distingue de ces accords : il ne vise pas la presse en priorité, et il rémunère l’usage par l’IA, pas l’affichage d’extraits.
Combien Google paie
Les seuls montants connus viennent de The Information, dont l’article est payant, repris notamment par Search Engine Roundtable et PPC Land. Ils reposent donc sur une seule source, que Google n’a ni confirmée ni démentie.
sur plusieurs mois
par an
Deux autres constats ressortent. Les montants varient d’un mois à l’autre sans explication. Et les sites de niche à lectorat fidèle, l’anime ou le jeu vidéo par exemple, gagnent davantage que des sites généralistes plus gros.
Une boîte noire assumée
Le panneau de Search Console affiche un montant, et rien d’autre : ni les pages qui ont rapporté, ni le nombre de réponses auxquelles elles ont contribué, ni la formule de calcul. Les éditeurs interrogés par Digiday, tous anonymes, parlent de boîte noire. L’un d’eux salue malgré tout le précédent d’un paiement direct ; un autre juge les offres si basses que plusieurs confrères et lui n’ont pas adhéré.
Cette opacité a une conséquence pratique : un éditeur ne peut pas savoir quels contenus ont de la valeur pour l’IA de Google, ni vérifier si un mois faible vient d’une baisse d’usage ou d’un changement de barème. C’est exactement l’inverse de ce que permet la publicité, où chaque clic est mesuré.
Pourquoi Google paie maintenant
Le calendrier n’a rien d’un hasard. Le programme arrive au moment où la pression réglementaire sur l’usage des contenus par l’IA de Google n’a jamais été aussi forte, des deux côtés de l’Atlantique.
- Au Royaume-Uni, l’autorité de la concurrence a imposé à Google le 3 juin 2026 trois obligations : un vrai moyen de refuser les fonctions IA, une attribution par des liens clairs, et un refus possible de l’affinage des modèles. Google a neuf mois pour s’y conformer (CMA). Aucune rémunération n’est imposée.
- Dans l’Union européenne, la Commission a ouvert le 9 décembre 2025 une enquête de concurrence sur l’usage des contenus des éditeurs dans les AI Overviews et AI Mode, sans compensation appropriée ni possibilité de refus, selon Press Gazette. C’est l’un des fronts du bras de fer que je décris dans mon article sur le DMA et Google en Europe.
- Aux États-Unis, à l’inverse, le juge Amit Mehta vient de rejeter les plaintes de Penske Media et de Chegg contre les AI Overviews, faute d’accord formel entre ces éditeurs et Google sur l’échange de contenus contre du trafic.
Un programme de paiement, même modeste, permet à Google de montrer qu’un modèle de partage de la valeur existe, tout en gardant la main sur le barème. Il crée aussi un précédent utile face aux régulateurs : payer à la contribution plutôt qu’à l’affichage.
Et en France ?
Aucun éditeur français ou européen n’a été identifié parmi les participants du pilote. Plusieurs reprises le confondent avec le pilote de décembre 2025 réservé à la grande presse, qui n’inclut pas non plus de titre français.
La question de la rémunération se pose pourtant déjà en France, sur un autre terrain. Les AI Overviews et AI Mode y sont déployés depuis le 22 juillet 2026, et selon Abondance, Google a étendu ses accords de droits voisins avec la presse aux affichages IA. Le 11 août, l’Alliance de la presse d’information générale, qui rassemble près de 300 quotidiens, a saisi l’Autorité de la concurrence, estimant que Google ne respectait pas ses engagements de 2022 (France 24). Google répond avoir revu son système de rémunération des contenus protégés et rappelle que les éditeurs peuvent désormais exclure leur site. L’Autorité avait déjà infligé 250 millions d’euros d’amende à Google en mars 2024 pour des manquements à ces engagements.
La différence est importante pour la plupart de mes clients : les droits voisins ne concernent que les éditeurs de presse. Un site d’entreprise, un blog spécialisé ou un média de niche n’en bénéficie pas. Le pilote de Google est, pour l’instant, la seule piste de rémunération qui les concerne, et elle n’est ouverte que sur invitation.
Ce que ça dit de la valeur d’une citation
Ce programme met un prix, même approximatif, sur ce que vaut un contenu pour une réponse générée. Et ce prix est bas. Pour le comprendre, il faut le comparer à ce qu’apportait la même page avant l’IA : une visite, avec ses revenus publicitaires, ses conversions et sa relation avec le lecteur.
Les données disponibles vont toutes dans le même sens. Selon le Pew Research Center, les internautes ne cliquent sur un lien du résumé IA lui-même que dans 1 % des visites. Et la première expérience contrôlée sur AI Mode mesure une baisse de 18,8 points du taux de clic vers les sites, comme je le détaille dans mon analyse de l’étude sur AI Mode. Si un site touche moins de 0,1 % de ses revenus publicitaires en compensation, l’échange reste très défavorable.
Ce que vous pouvez faire
1. Vous ne pouvez pas candidater
Le pilote fonctionne sur invitation, et Google n’a publié ni critères ni formulaire. Si vous voyez apparaître une invitation dans Search Console, lisez les conditions avant d’accepter : elles ne sont pas publiques, et c’est le seul moment où vous pourrez les examiner.
2. Regardez votre exposition à l’IA
Le rapport sur l’IA générative de Search Console, ouvert à tous depuis le 31 août, donne les impressions de vos pages dans les AI Overviews, AI Mode et les résumés de Discover. Comparez-les à l’évolution de vos clics sur les mêmes pages : c’est la mesure la plus directe de ce que l’IA vous prend ou vous laisse.
3. Décidez en connaissance de cause sur l’exclusion
Le réglage « Search generative AI » permet d’exclure votre site des AI Overviews, d’AI Mode et des résumés de Discover, en un à deux jours. Google indique qu’il n’a pas d’effet sur le classement dans les résultats classiques. L’entraînement des modèles, lui, relève d’un autre réglage, Google-Extended, que j’analyse dans mon étude sur le crawl des robots IA. Un point n’est écrit nulle part mais découle du fonctionnement décrit : un site exclu ne sert plus à générer les réponses, il ne peut donc rien gagner dans le pilote.
4. Travaillez ce qui ne se résume pas
Les éditeurs de niche à lectorat fidèle gagnent davantage dans le pilote, et ce sont aussi ceux qui résistent le mieux à la baisse des clics. Des données propres, une expertise identifiable, une marque que l’on cherche par son nom : c’est ce qui vous rend citable par l’IA et recherché en direct, deux objectifs qui ne s’opposent pas, comme je l’explique dans mon analyse SEO vs GEO.
Votre site est-il cité, et qu’est-ce que ça vous rapporte ?
Je mesure la présence de votre site dans les réponses de Google, ChatGPT et Gemini, je la compare à l’évolution de vos visites page par page, et je vous aide à décider où investir : visibilité dans l’IA, trafic direct, ou les deux.
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